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Le Protocole de Kyoto ; l’après Kyoto qui se joue à Copenhague en 2009 ; les USA ; la Chine ; l’Inde et tous les pays émergents ; l’Europe et le paquet Climat - Énergie ; Reach ; le Grenelle de l’environnement et les 3 fois 20 ; la loi NRE ; la taxe Carbone... sont autant de sujets qui pris séparément semblent assez flous et lointains.
Toutefois si notre regard prend de la distance et analyse les modifications profondes que provoquent ces nouvelles orientations, on comprend mieux à quoi nos sociétés ressembleront demain. Par choix ou par nécessité, nos organisations changent leurs référentiels d’objectifs et d’évaluation. Quatrième révolution industrielle ou révolution sociétale ?

Accueil > Aller plus loin > Théorie des parties prenantes
Les parties prenantes sont à la base de l’acceptation du développement durable. En quelque sorte, un développement est qualifié de durable lorsqu’il répond aux besoins des parties prenantes. Plutôt qu’un développement basé sur l’offre dont l’inconvénient majeur est d’éloigner le citoyen du consommateur, le développement durable invite à considérer les besoins. Besoins de sens, d’utilité, de qualité, d’éthique, de respects, de valeurs, de maîtrise des impacts sont autant d’exemple de manifestations de ces attentes. Qui de mieux, pour une organisation, que ses parties prenantes pour questionner/identifier/valider l’évolution de ces besoins ? Certains parlent de la prise de pouvoir du citoyen sur le consommateur, d’autres parleront de participation indispensable à l’évolution des modes de production et de consommation.
Le rôle de l’entreprise, de ses dirigeants et la nature de leurs obligations/responsabilités envers leur environnement (société) est l’objet d’un débat ancien. Si Karl Marx et Adam Smith se retrouvent dans l’opposition entre possesseurs du capital et ceux qui ne possèdent que leur force de travail, dès 1932 [1] les travaux de Berle et Means constatent le développement d’une pression sociale s’exerçant sur les dirigeants pour qu’ils reconnaissent leurs obligations/responsabilités auprès de tous ceux qui pourraient être affectés par les décisions de l’entreprise.
C’est dans les années 1960 qu’apparait pour la première fois le terme de stakeholder en jouant sur celui de stockholder/shareholder, l’actionnaire. Ce dernier n’est plus le seul à avoir des intérêts dans l’entreprise. Ce qui est « en jeu » ("at stake") ne peut être seulement la satisfaction de l’actionnaire. Pour l’organisation, d’autres enjeux d’utilité apparaissent comme tout autant stratégiques. Toutefois, à cette période, les obligations liées aux stakeholders s’apparentent à des contraintes qui freinent les objectifs de l’entreprise. Le terme de stakeholder est véritablement popularisé par les travaux de Freeman (1984) qui, en lui donnant une définition plus large, amène le concept de Stakeholder Theory à prendre encore plus d’importance. C’est ce que remarque Samuel Mercier [2] qui précise « l’élargissement considérable du spectre des interlocuteurs de l’entreprise conduit les promoteurs du concept de Stakeholder Theory à en justifier la pertinence théorique ». Légitimité et pouvoir constituent les fondements de cette théorie des parties prenantes que Freeman résume par une formule bien connue « Who and what really counts ? ».
Derrière les notions de légitimité et de pouvoirs apparaît donc la question principale de l’interlocuteur. Identifier la partie prenante qui compte revient en quelque sorte à identifier son pouvoir. Elle est légitime car elle compte. Pour simplifier, nous retiendrons ici deux définitions des parties prenantes. La première – celle de Freeman – marque l’élargissement du spectre des interlocuteurs de l’entreprise en ayant pour effet de sortir de l’approche métaphorique des parties prenantes. La seconde confère une dimension managériale et stratégique en plaçant cette théorie au centre d’une approche analytique. Ces définitions illustrent deux courants fondamentaux (éthique/normatif et managérial) existant au sein des auteurs des théories des parties prenantes.
Freeman (1984) décrit les parties prenantes comme « un individu ou groupe d’individus qui peut affecter ou être affecté par la réalisation des objectifs organisationnels ». Inspiré par les travaux sur la justice de Rawls, dont le fameux « voile de l’ignorance », Freeman (1994) conduit un courant de la Stakeholder Theory préoccupé par la justice sociale rappelant le droit de chacun à être traiter de manière équitable.
Post, Preston et Sachs [3] (2002) insistent eux sur une approche managériale de la Stakeholder Theory dont la dimension contractuelle entre la firme et ses parties prenantes vise à coopérer afin de développer un avantage concurrentiel sur celles qui ne le font pas. Ainsi les partie-prenantes deviennent des « individus et éléments constitutifs qui contribuent de façon volontaire ou non à la capacité de la firme à créer de la valeur et à ses activités et qui en sont les principaux bénéficiaires et/ou en supportent les risques ».
Si sur le papier cette thèse semble intéressante, elle est regardée de l’extérieur le plus souvent avec méfiance et rares sont les exemples, en entreprise, d’organisation ayant franchi le pas en considérant ses parties prenantes comme des atouts stratégiques plutôt que simples chambres d’enregistrement de communication institutionnelle. En réalité, derrière cette Théorie des parties prenantes se retrouve l’opposition latente qui consiste à penser que la vision économique est difficilement compatible avec la prise en compte d’une dimension éthique. Dis autrement, l’intérêt - en tant que motivation principale du comportement humain - étant le combustible du moteur économique, se pourrait-il que l’éthique vienne l’enrichir voire le remplacer ? C’est ce que remarque Amartya Sen [4], Prix Nobel d’économie, en démontrant que « l’économie moderne s’est retrouvée considérablement appauvrie par la distance qui a éloigné l’économie de l’éthique ». Les temps que nous traversons actuellement (2009) nous rappellent un précepte vieux comme le monde qui consiste à se méfier du panier qui veut accueillir tous les œufs. Les systèmes ne sont pas infaillibles et tirent leur fragilité de leur sentiment d’excellence devenu idéologie. A vouloir opposer la vision actionnariale à la vision partenariale, nos économies se sont profondément trompées dans l’évaluation des richesses avant de s’appauvrir. La Théorie des parties prenantes appliquées aux organisations cherche à sortir de cette impasse en dépassant le paradoxe opposant gestions stratégique et éthique, entre court et long termes.
[1] A.A. BERLE et C.C. Means, The Modern Corporation and private Property, New York, 1932
[2] avec J.P. GOND, in Cahier du FARGO n°1050502, Mai 2005
[3] Redefining the Corporation : Stakeholder Management and Organizational Wealth, Stanford University Press, 2002
[4] Amartya Sen, Ethique et Economie – Et autres essais, PUF, 2008
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