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La transition écologique des territoires d’outre-mer

Regroupant 2,7 millions d'habitants, les territoires d’outre-mer sont géographiquement éloignés du continent européen et présentent des particularités en termes de géographie, démographie, systèmes énergétiques, agricoles et de mobilité entre autres. Pour autant, les ressources de ces territoires sont souvent nombreuses et ils pourraient constituer des territoires pionniers engagés dans la transition écologique.



Des problématiques spécifiques


Les enjeux spécifiques aux outre-mer sont nombreux et de plusieurs types :

  • Energies : les outre-mer sont des ZNI (Zones Non Interconnectées) : leur réseau électrique n’est pas connecté au réseau électrique continental. L’équilibre entre la production et la consommation d’électricité doit être assuré à tout instant au sein même du territoire, ce qui rend la gestion du réseau particulièrement délicate. Du fait du développement rapide de ces territoires ces dernières dizaines d’années, l’électricité est souvent très carbonée (produite à partir de charbon et/ou pétrole), sauf pour la Guyane qui dépend majoritairement de l’hydroélectricité. À titre d’exemple, le taux de pénétration des énergies renouvelables est de 11,3% en Martinique, 21,6% en Guadeloupe, 36,5% à la Réunion en 2018, et 65,8% pour la Guyane, contre 20% du mix électrique en France métropolitaine. L’enjeu pour les outre-mer est l’autonomie énergétique avec la maîtrise de la consommation et le développement des énergies renouvelables en remplacement du charbon et du pétrole. Ces territoires ont pour cela souvent plusieurs ressources disponibles : solaire (thermique et photovoltaïque), géothermie, hydraulique, biomasse, etc.


  • Alimentation : de par leur éloignement de la métropole et leur ultra-spécialisation héritée du colonialisme, les outre-mer dépendent beaucoup des importations alimentaires. Ainsi, La Réunion, la Guadeloupe, la Martinique et Mayotte produisent majoritairement de la canne à sucre et ses coproduits (sucre - rhum), la Martinique et dans une moindre mesure la Guadeloupe produisent de la banane et la Guyane des tubercules. 34% de la surface agricole utile ultramarine est consacrée aux cultures d’exportation. Dans le même temps, à La Réunion par exemple, la production locale couvre 70% du marché en produits frais mais seulement 40 % du marché global alimentaire. L’autonomie alimentaire des outre-mer représente donc une enjeu majeur. La crise sanitaire de 2020 a d’ailleurs démontré les limites de la dépendance aux importations et l’importance de viser une plus grande autonomie alimentaire vis-à-vis des produits agricoles.


  • Mobilité : les outre-mer sont des territoires avec une superficie faible et un relief accidenté (ce qui est le cas de la Martinique, la Guadeloupe, La Réunion et Mayotte) ou avec une densité de population faible (Guyane). Ainsi, les transports en commun n’y sont que peu développés, leur part modale n’excédant pas 7% alors qu’elle est de plus de 17% en métropole. Les véhicules individuels sont très développés et engendrent pollution atmosphérique, émissions de gaz à effet de serre et congestion routière, tout en accentuant la dépendance des territoires aux produits pétroliers. L’enjeu est de développer un système de transports en commun efficace et attractif afin d’enrayer l’utilisation de la voiture individuelle, mais également de miser sur le développement des mobilités actives (marche, vélo) et du covoiturage ou de l'autopartage.


  • Économie : avec un taux de pauvreté qui avoisine les 30 à 40% suivant les DOM et un taux de chômage supérieur à 20 voire à 30% en 2017 (contre moins de 15% en métropole), les habitants des territoires d’outre-mer ont un pouvoir d’achat en moyenne plus faible et l’accès à l’emploi constitue un thème prioritaire.


  • Risques naturels : leur insularité (sauf pour la Guyane) et leur climat font des outre-mer des territoires très exposés au changement climatique (cyclones/ouragans, pluviométrie importante, température élevées, etc.), qui accentuera les phénomènes déjà présents dans les années à venir, dans leur fréquence et/ou leur intensité. Depuis 2009, 40 “événements climatiques majeurs” ont touché les Outre-mer. Le site Climat HD de Météo France prévoit par exemple une poursuite du réchauffement au cours du XXIème siècle à La Réunion, quel que soit le scénario : sans politique climatique associée, le réchauffement pourrait déjà atteindre de 3°C à 4°C à l'horizon 2071-2100 par rapport à la période 1976-2005. Cela entraînera une poursuite de l’augmentation du nombre de journées et nuits chaudes et donc une augmentation du recours à la climatisation et des consommations électriques associées.

Crédits photos : Bigstock


Des freins spécifiques, mais des solutions adaptées


Des freins à la mise en place d’une transition écologique existent :

  • La forte dépendance aux importations, en particulier pour l'alimentation, l'énergie et les biens de consommation courante.

  • Le faible développement des transports collectifs.

  • Comme en Métropole, la méconnaissance ou connaissance partielle des enjeux liés au changement climatique par les différents acteurs du territoire.

  • La priorité donnée à l’emploi et l’économie - encore plus depuis la crise sanitaire - dans des territoires où le taux de chômage et le taux de pauvreté sont déjà élevés- qui est souvent présentée comme étant opposée à l’écologie.


Malgré ces freins, les territoires d’Outre-mer présentent de nombreux potentiels

  • Le gouvernement a tracé en 2019 une nouvelle feuille de route pour les territoires d’Outre-mer : la Trajectoire Outre-mer 5.0. Il s’agit de se donner 5 objectifs pour les territoires d’outre-mer : zéro déchet, zéro carbone, zéro polluant agricole, zéro exclusion et zéro vulnérabilité. Ces objectifs sont issus des Assises de l’Outre-mer et 110 millions d’€/an sont alloués par le gouvernement pour les atteindre.

  • La sensibilisation et l’éducation au changement climatique est un pré-requis indispensable pour engager la transition. C’est par exemple le but de l’atelier “La Fresque du Climat” dont la vocation est de sensibiliser un maximum de personnes dans le monde à la compréhension des phénomènes du changement climatique.

  • La mise en réseau des acteurs et des territoires en faisant la preuve par l’exemple de solutions qui fonctionnent. La Communauté d’Agglomération du Centre de la Martinique par exemple est labellisée Cit’ergie, un un programme de management et de labellisation qui récompense les collectivités pour la mise en œuvre d'une politique climat­-air-énergie ambitieuse.

  • Enfin, contrairement à la métropole où les communautés de communes représentent des bassins de vie et regroupent parfois des dizaines de communes, l’échelle régionale pourrait, en outre-mer, être plus adaptée pour harmoniser les politiques publiques liées à la mobilité, à l’énergie et au climat et réduire les coûts, notamment en ce qui concerne les Plans Climat Air-Énergie Territoriaux. Ceux-ci sont imposés aux établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) mais on assiste ainsi sur un même territoire à la juxtaposition de plans qui pourraient être regroupés en un seul pour permettre une mise en oeuvre plus efficace.


Mener sa transition territoriale : l'exemple de La Réunion


L’exemple de La Réunion peut nous éclairer sur la manière de mener une transition territoriale nécessite efficace :

  • Disposer d’un diagnostic précis et détaillé des enjeux du territoire à partir danalyses croisées : démographie, économie, aménagement, mobilité, énergie, biodiversité, vulnérabilité au changement climatique, aspects sociaux… Tous les sujets doivent être analysés et travaillés en parallèle afin de profiter à tous et d’éviter les politiques publiques qui vont dans des sens opposés ou incompatibles.

  • Cela permet également de mettre les différents acteurs du territoire autour d’une même table et de se départir de l’organisation en silos. Pour cela, l’organisation de temps de concertation et co-construction entre les différents acteurs et les différents secteurs est nécessaire pour élaborer une vision et une stratégie communes.

  • Passer le cap des études et expérimenter, mettre en oeuvre des solutions reconnues ou innovantes. en se faisant accompagner si besoin dans ces différentes démarches par des experts locaux.


Quelques inspirations intra-territoriales vont dans le sens d’une transition active :

  • L’Association pour le Développement Industriel de la Réunion (ADIR) porte le programme ASSURE (Animation Sur le Suivi de l’Utilisation Rationnelle de l’Energie), plateforme de partage d’expérience pour le déploiement de systèmes de management de l'Énergie dans l’industrie. Depuis 2017, le programme accompagne techniquement et financièrement les industriels de l’ADIR à la mise en place d’un système de management de l’énergie.

  • Le Plan Climat-Air-Energie de la CINOR, projet territorial de transition, décline un programme de 38 actions, dont plus de la moitié sont déjà engagées. La CINOR a par exemple organisé en novembre 2019 une matinée d’information et de formation basée sur l’intelligence collaborative à destination des élus et des agent de la collectivité.

  • L’ADEME Réunion-Mayotte lance régulièrement des appels à projet à destination des entreprises et collectivités pour les accompagner sur le chemin de la transition. L’appel à projets “économie circulaire” récompense par exemple tous les ans depuis 2018 des entreprises, des associations, mais aussi des artisans porteurs d’idées innovantes pour mieux produire et mieux consommer. D’autres dispositifs portés par l’ADEME, la Région Réunion, l’AFD ou les collectivités peuvent être sollicités afin de répondre à ces enjeux.


Aller plus loin


Depuis 10 ans, ECO2 Initiative est présent en Outre-mer (Ile de la Réunion, Guadeloupe). Contactez Jennifer Meyer, notre consultante à La Réunion : jennifer.meyer@eco2initiative.com / + 262 6 93 47 41 44



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