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  • Alexandre Martin, ECO2 Initiative

Télétravail et impact environnemental


Avant la crise du COVID-19, 23% de la population active française déclarait être en situation de télétravail, une source de productivité et d’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle pour la grande majorité d’entre eux. Si cette pratique s’est démocratisée sous une certaine forme, il existe en réalité différentes manières de télé-travailler :

  • Le teleworking, littéralement télétravail, correspond à une pratique occasionnelle du télétravail et flexible, généralement pratiquée par les cadres

  • Le telecommuting correspond au télétravail sur certaines journées dans la semaine/mois, pour réduire les trajets domicile-travail

  • Le homeshoring correspond à un télétravail dont l’organisation a été cadrée, et consistant à l’externalisation de certains services d’une entreprise. Cela désigne en particulier la gestion du service client via des salariés en poste à leur domicile

  • Le télétravail de freelance, correspond aux indépendants pour lesquels leur travail pour leurs clients s’effectue à distance

Suite à la mise en place d’un télétravail quasi-systématique pour les cadres à l’arrivée du 1er confinement, des baisses d’émissions de gaz à effet de serre (liées également à bon nombre d’autres facteurs évidemment : baisse de la consommation, des déplacements professionnels et non-professionnels…) notables ont été mesurées. En effet, d’après un autre rapport de l’ADEME, 41% des actifs français ont adopté le télétravail : en partant sur une stabilisation à 35% des actifs, cela éviterait 3,3 millions de déplacements chaque semaine, soit 3 200 tonnes de GES.


Alors qu’en est-il réellement ? Si le télétravail peut permettre en effet de réduire la quantité de trajets domicile-travail, cela induit également une transformation complète du mode de fonctionnement des travailleurs, c’est-à-dire de nouvelles formes de consommation d’énergie notamment, qui pourraient bien pallier les éventuels gains environnementaux associés au transport.



Les facteurs d’émissions liés au passage au télétravail


Le passage au télétravail transforme complètement l’organisation à la fois de l’employeur, mais aussi du salarié. En plus d’une modification des déplacements réalisés dans le cadre professionnel, ce changement induit également des consommations d’énergie différentes : plus de chauffage, climatisation, et éclairage au domicile, moins dans les locaux. L’usage plus fréquent des TICs (Technologies de l’Information et de la communication) : visioconférences, cloud, impliquent également un usage plus intensif des serveurs, or on connaît déjà l’impact environnemental colossal du numérique : 4% des émissions de GES en 2020 (avec une augmentation prévue de 8%/an de ce chiffre), bien plus que les 2% associés à l’aviation civile.


Pour chacun de ces postes d’émissions, il est difficile de prévoir à l’avance l’impact environnemental du passage au télétravail, en témoigne la littérature scientifique : des chercheurs anglais et français ont mené une étude conjointe pour parcourir l’ensemble du corpus scientifique traitant des impact environnementaux associés au télétravail, et ont pu catégoriser ces derniers en fonction de leur impact positif ou négatif sur la consommation d’énergie, et donc, in-fine l’impact sur l’environnement :





Alors, quel est l’impact environnemental du télétravail ?


Une première grosse incertitude réside dans la diminution des déplacements suite à la mise en place du télétravail. Pour beaucoup, le télétravail permet simplement d’effacer les déplacements domicile-travail, et alors le gain environnemental serait énorme. Mais la réalité est plus complexe : si les gens n’effectuent en effet plus ces trajets lors des jours de télétravail, cela ne les empêche pas de se déplacer dans la journée. Et la plupart des études sur ce point s’accordent à dire que les télé-travailleurs réalisent davantage de trajets non-professionnels durant leur journée de télétravail que les autres travailleurs. De même, les télé-travailleurs auront tendance à habiter plus loin de leur lieu de travail car ils auront moins besoin d’y aller, impliquant de plus grandes distances parcourues les jours de travail sur site.


La deuxième concerne la consommation d’énergie liée au chauffage, éclairage, climatisation. On aurait en effet affaire à un transfert de cette consommation, du lieu de travail vers le domicile. Rentre en compte alors l’efficacité énergétique des bâtiments, qui pourrait alors induire une hausse ou une baisse de la consommation énergétique par travailleur selon que son domicile est plus efficient ou non que son bureau. Dans une moindre mesure, le télétravail partiel peut impliquer également que l’entreprise concernée ne prenne pas de mesure vis-à-vis de la taille de ses locaux, et de sa consommation énergétique, auquel cas la consommation au domicile s’additionnerait, pour une facture environnementale des plus salée.


Et enfin les éternels effets-rebonds pourraient avoir lieu à l’échelle de la société et de l’économie, sans que l’on sache prévoir à l’avance la direction que cela prendrait. Un passage de masse au télétravail pourrait impliquer par exemple une surconsommation des TICs, très friandes de métaux rares et donc très gourmandes en énergie.


Credits photo : @Bigstock



Comment diminuer au mieux l’impact environnemental du télétravail ?


A notre échelle, il est possible de jouer sur différents tableaux pour réduire au mieux l’impact environnemental que pourrait avoir le passage au télétravail. Tout d’abord, l’entreprise peut :

  • Optimiser l’usage de ses locaux pour compenser l’absence de ses employés, en libérant des bureaux, en évitant de chauffer des espaces vides

  • Pousser l’usage de solutions TICs éco-conçues en interne et externe (Green IT) : il est possible d’optimiser la conception de ces dernières pour limiter leur consommation énergétique

  • Opter pour des appareils électroniques de seconde main (pour les télé-travailleurs qui auraient besoin d’un deuxième écran, d’une souris…) sur des sites comme BackMarket

  • Optimiser l’usage de son cloud, pour éviter de trop solliciter les serveurs associés

  • Partager ses démarches de Green IT avec ses clients pour démocratiser cette approche


Enfin, au niveau individuel, des petits gestes comptent:

  • Utiliser la caméra dans les visioconférences que lorsque nécessaire (par exemple quand je présente)

  • Optimiser le temps en réunion pour réduire l’usage de la visioconférence

  • Stocker les replay de la visioconférence sur une seule plateforme

  • Penser à utiliser dès que possible la wifi de mon domicile plutôt que les données cellulaires (3G/4G)

  • Penser à éteindre ses appareils plutôt que de les laisser en veille


La crise du COVID-19 porte sur le devant de la scène le sujet de la démocratisation du télétravail, et malgré les réticences de beaucoup, cette pratique se systématisera sans aucun doute après la crise. Le télétravail présente un intérêt concret dans la lutte contre la dégradation de notre écosystème, sous-couvert de cadrer correctement sa mise en place, et de prendre en considération tous les phénomènes annexes que cette transition pourrait favoriser.


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