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  • Alice Bourdelain, ECO2 Initiative

5G d’impacts

Vous n'avez pas pu passer à côté : les arguments remettant en cause l’implémentation de la 5G qui semble déjà bien lancée ne manquent pas, et tous ne sont pas à ignorer. La Convention Citoyenne pour le Climat, après des mois de concertation d’experts et de délibérations démocratiques, a d’ailleurs demandé un moratoire sur le sujet, afin de laisser au moins le temps de peser le pour et le contre avant de s’engager dans cette nouvelle voie technologique. Quels arguments plaident en faveur de ce développement, et quels impacts environnementaux la 5G aura-t-elle ?



Qu’est-ce que la 5G ?


La 5G est la 5ème génération de standards en matière de téléphonie mobile. Il a pour vocation de succéder à la 4G, dont le déploiement a commencé en 2011 et se poursuit toujours en 2020. Cette nouvelle technologie devrait permettre d’améliorer grandement les performances actuelles de la 4G, qui passera par :

  1. L’amélioration des débits mobiles, jusqu’à 10 à 100 fois plus élevés que ceux de la 4G ;

  2. Un temps de latence réduit, divisé par 10 par rapport à la 4G. Le temps écoulé entre l’émission et la réception d’une donnée sera ainsi beaucoup plus court ;

  3. Une meilleure gestion de la densité, car la 5G permettra de connecter simultanément au réseau environ 10 fois plus d’objets connectés que ne le permet actuellement la 4G.

Ainsi, quelques améliorations technologies immédiates devraient se faire ressentir sur notre quotidien : le débit amélioré permettra de télécharger des films 10 fois plus rapidement, qu’on soit dans l’ascenseur ou non, tandis que les performances en termes de densité éviteront de voir le réseau trop fortement ralenti en heure de pointe. Des améliorations certes, mais dont on peut questionner la réelle utilité lorsque la 4G, malgré une légère saturation, paraît largement suffisante pour notre usage quotidien.

En réalité, la réelle rupture technologique ne se jouera pas vraiment dans l’amélioration des services déjà existants pour le grand public, mais plutôt dans la possibilité de développement de nouveaux usages jusqu’alors impossibles (ou très complexes) à mettre en place, par exemple la mise en place de la domotique, de la réalité augmentée, développement de la chirurgie à distance, développement de la vidéosurveillance grâce à l’amélioration du débit ou de la densité, création de véhicules autonomes...



Crédits photos : Bigstock


Les impact de la 5G


Avant même l’avènement de la 5G, le numérique était déjà lui-même fortement émetteur en termes de gaz à effet de serre, comme nous vous expliquions dans cet article. Sur cette base, et en prenant un peu de recul, il est possible de faire un premier tour d’horizon du sujet des impacts environnementaux de la 5G.

Tout d’abord, le renouvellement nécessaire d’une grande partie du parc de smartphones (afin de les rendre compatibles avec les 5G) va provoquer un renouvellement accéléré des appareils. La fabrication de ces nouveaux téléphones 5G-compatibles augmentera directement le premier poste d’impact du numérique, car rappelons-le : 47% des gaz à effet de serre générés par le numérique sont dus aux équipements des consommateurs (source : Ademe).

À cette production de nouveaux smartphones, il va bientôt falloir ajouter tous les autres appareils connectés qui n’existent pas encore aujourd’hui, mais qui ne tarderont pas à apparaître, car ils sont au coeur des motivations économiques soutenant le déploiement de la 5G.

Sur le sujet de la consommation énergétique, il est vrai que l’efficacité énergétique de la 5G sera meilleure que celle de la 4G, et qu’à périmètre d’utilisation constant, la 5G permettra des économies d’énergie. Ce progrès est notamment dû aux antennes directionnelles. Un progrès pour l’environnement ? Pas si sûr, car ce serait sans compter sur « l’effet rebond », qui traduit qu’une amélioration de l’efficacité énergétique s’est toujours soldée dans l’histoire des technologies par une augmentation des usages qui compense l’amélioration initiale.

Encore une fois, à moins de mettre en place la 5G puis de réduire la quantité de données transmises en limitant fortement les usages (ce qui gâcherait en quelque sorte les avantages technologiques permis par la technologie), l’impact pourrait bien augmenter.

La mise en place de la 5G demande par ailleurs l’implantation de nouvelles antennes, plus nombreuses que pour la 4G, ce qui augmente les impacts liés à l’installation du réseau.


Mais malheureusement, au delà de ces impacts, il faut garder en tête la limite suivante : la majeure partie de l'impact environnemental de la 5G dépendra réellement de l'usage qui en est fait.



Est-il possible de développer la 5G tout en baissant l’impact du numérique sur la planète ?


Il est donc d’autant plus important d’animer un débat au sein de la société pour faire le tri dans les usages qui paraissent importants (la santé par exemple ?), et ceux qui pourraient bien ressembler à des dépenses d’énergie et de ressources superflues, voir en contradiction directe avec les enjeux environnementaux. Cette question est d’autant plus importante qu’une fois les nouveaux usages apparus, nous nous y habituons collectivement et il devient alors très compliqué de les remettre en cause.


Mais dans les faits, il est très difficile de répondre à cette question quantitativement tant que nous ne connaissons pas avec précision les futures applications qui seront faites de cette technologie. Néanmoins, les différents éléments évoqués dans la partie précédente peuvent laisser perplexe sur un déploiement d’une 5G plus « sobre ». Car c’est bien de sobriété numérique qu’il faut parler aujourd’hui : moins d’appareils connectés, moins d’usages, … là où la 5G nous promet tout une variété de nouveaux usages dont ne tarderont pas à se saisir les industriels.


Il est donc important de se poser la question des leviers qui s’offrent à nous pour réduire l’impact du numérique mondial, tout en conservant les usages qui semblent essentiels à plus ou moins long terme. Le numérique pourra aussi représenter une réelle opportunité pour la transition écologique, à condition que ses impacts ne surpassent pas les bénéfices qu’il permet de porter.

Les axes essentiels de travail se portent principalement sur les sujets suivants :

  1. Réduire globalement le nombre d’objets connectés, afin de baisser l’impact lié à leur fabrication et à leur utilisation

  2. Mutualiser les usages est un levier majeur pour réduire le nombre d’objets connectés : par exemple, agréger les modems DSL/fibre et les boitiers tv des différents occupants d’un même immeuble, comme cela est déjà fait en entreprise depuis de nombreuses années

  3. Augmenter la durée de vie des équipements et lutter contre l’obsolescence programmée, afin de réduire les impacts liés à la fabrication

  4. Favoriser les solutions de réemploi et de recyclage, afin de limiter la pression sur les ressources naturelles

  5. Plus globalement, recentrer les usages sur les besoins les plus importants et éco-concevoir les services essentiels, en allant vers une forme de sobriété numérique.

Contrairement à ce qu’aimeraient faire croire certains, les questionnements autour de la 5G ne doivent pas se résumer à un rejet dogmatique des évolutions technologiques. Il s’agit donc en réalité de questionner les attentes que nous avons de cette technologie et les conditions de sa mise en place, en prenant en compte le contexte global de catastrophes climatiques et environnementales, avec lesquelles cette technologie étendue à trop grande échelle semble incompatible.


Et c’est sans compter sur d’autres thématiques qui animent également le débat, et notamment l’impact de la 5G sur la santé.



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