Rechercher
  • Manon Clavelier, ECO2 Initiative

La pratique sportive face au réchauffement climatique


Certain·e·s l’auront peut-être remarqué l’hiver dernier : la neige est de moins en moins présente sur les pistes, et ceci n’est pas sans lien avec le dérèglement climatique. Stations de ski momentanément fermées en pleine saison, marathonien·ne·s victimes de malaise lors des championnats mondiaux d’athlétisme de Doha, joueur·se·s de tennis suffoquant sous un ciel chargé de fumée d’incendies lors de l’Open d’Australie (2019)… on ne compte plus les images de sportif·ve·s qui subissent directement les conséquences du réchauffement.


En 2021, une étude du WWF France s’est intéressée à l’impact qu’aurait le changement climatique sur notre pratique sportive. Sans surprise, le dérèglement climatique augmentera le nombre de jours de forte chaleur (32°C) durant lesquels la pratique du sport est déconseillée, soit de 9 jours dans un monde à +2°C, de 22 jours dans un monde à +4°C.


Pourtant, si on en juge par exemple la façon dont la prochaine Coupe du monde de football est organisée, rien ne semble freiner les fédérations à poursuivre l’organisation d’événements sportifs d’envergure, et qui plus est à fort impact sur l’environnement.


Alors, dans un tel contexte, comment prendre en compte tous ces changements pour faire perdurer l’amour du sport dans les années à venir ? De quelle façon peut-on agir pour les atténuer ?



Quel est l'impact du sport de haut niveau ?


Les grandes compétitions sportives tels que les Jeux Olympiques ou les Coupes du monde génèrent un engouement particulier des pays autour de leurs équipes nationales, créant un sentiment d’unité. Mais le revers de la médaille est moins glorieux : ces évènements sont générateurs de catastrophes sociales et environnementales.


On se souvient par exemple des nombreuses polémiques qui ont accompagné la dernière édition des Jeux Olympiques d’hiver de Pékin : utilisation massive de neige artificielle employée pour alimenter les pistes, organisation de plusieurs épreuves dans des lieux inadaptés, présence d’un grand groupe pétrolier chinois parmi les sponsors… voilà quelques exemples de dérives occasionnées par ce genre de compétition sportive, et qui donnent matière à réfléchir. Que dire également de la prochaine Coupe du monde de football, dont l’organisation au Qatar a engendré la construction de gigantesques stades climatisés, d’ailleurs responsable de la mort de plusieurs milliers d’ouvriers ?


En dehors des scandales propres à chaque édition, les impacts engendrés par les compétitions de sport de haut niveau sont multiples :

  • Construction d’infrastructures pour un usage souvent limité à la compétition et abandonnées par la suite ;

  • Déplacements des sportif·ve·s et du public jusqu’au lieu de compétition, souvent en avion pour celles et ceux venant de loin ;

  • Consommation d’énergie par les différentes infrastructures ;

  • Restauration des participant·e·s et du public, induisant entre autres une quantité importante de déchets.

Le bilan carbone des différentes éditions des Jeux Olympiques est estimé depuis l’édition de Vancouver en 2010, et réellement calculé depuis les Jeux d’été à Londres en 2012. Les valeurs annoncées varient entre 300 000 et 3,6 millions de tonnes de CO2e pour ces événements sportifs (soit l’équivalent des émissions annuelles de 1,8 millions de personnes en 2050 pour respecter l’Accord de Paris), avec une confiance toutefois très relative dans certains des chiffres annoncés. Mais alors, quelle est la place de telles compétitions dans un monde bas carbone ? Est-il vraiment raisonnable de dépenser le budget carbone pour une année de plusieurs millions de personnes pour un événement sportif de quelques semaines tout au plus ? N’y-a-t-il pas d’autres façons de penser le sport ?



Quelles solutions apporter ?


Si le modèle actuel des grandes compétitions ne semble pas viable à long terme et difficilement maîtrisable, certains évènements sportifs de plus petite envergure ont déjà franchi le cap, et se sont adaptés pour pouvoir assurer le déroulement de leurs épreuves tout en respectant les exigences d’un impact climat raisonné.


C’est par exemple le cas de la course Changer le monde organisée par Equiterre, dont la logistique a été réfléchie pour limiter les impacts de la course et sensibiliser les participant·e·s. On peut également mentionner les initiatives portées par le label Fair Play for Planet, qui vise à "encourager les clubs sportifs à mettre en place des actions concrètes quantifiables et valorisables au service de l'environnement et de leur éco-performance". Décerné sur la base d’un audit dont le questionnaire a été réalisé en collaboration avec l’ADEME, ce label compte ainsi 3 niveaux de maturité selon le résultat obtenu.


Au-delà de l’organisation des grandes compétitions sportives, l’impact environnemental de la pratique sportive se joue également du côté des sportif·ve·s professionnel·le·s. En effet, à l’heure des réseaux sociaux, comment ne pas profiter de la notoriété de certains d’entre eux·elles pour porter des messages engageants ?


C’est par exemple le cas de Kilian Jornet et Xavier Thévenard, deux traileurs professionnels qui se sont rendu compte au cours de leur carrière que leur mode de vie entrait en contradiction avec la protection de l’environnement. À la suite de cette prise de conscience, Xavier Thévenard a par exemple décidé de ne plus prendre l’avion ; il se concentre donc sur des courses et défis organisés en France ou en Europe. On peut également citer le modèle porté par Nikola Karabatic, qui a décidé de trier ses sponsors sur le volet selon la vertu de leur engagement environnemental. Bien sûr, tous·tes ne peuvent pas se permettre ce luxe, mais il est encourageant de voir que certain·e·s sportif·ve·s mesurent l’impact de l’utilisation de leur image, et profitent de leur notoriété pour faire passer le message.


Crédits photo : @Bigstock



Comment redéfinir notre pratique à l'échelle individuelle ?


Que notre pratique sportive se limite à plusieurs jours ou quelques fois par semaine, voire par mois, nous sommes dans tous les cas responsables de l’impact que celle-ci peut avoir sur l’environnement, que ce soit au travers des équipements sportifs que nous choisissons de consommer, ou des lieux que nous choisissons de fréquenter.


Pour agir directement sur votre consommation, vous pouvez :

  • Pour l’achat de vêtements et chaussures, être attentifs à la provenance, aux conditions de fabrication et aux matériaux utilisés, comme pour la vie de tous les jours. Et si la technicité reste un critère de choix, préférez des marques telles que Patagonia, ouvertement engagées dans la défense de l’environnement, et dont les caractéristiques techniques sont reconnues. On peut également citer Veja, qui a développé en 2019 les premières baskets de running éthiques et en partie faites avec des matériaux biosourcés et recyclés ;

  • Concernant le matériel électronique (GPS, montre connectées...), préférer l’acheter reconditionné plutôt que neuf, en utilisant des sites comme Backmarket ;

  • Lorsque c’est possible, privilégier la location à l’achat de matériel. Ce service est par exemple disponible au sein de l’enseigne Décathlon, qui propose à la location du matériel de sport pour des durées variables, permettant ainsi d’éviter la consommation de biens à usage unique ;

  • Faire appel au service des recycleries sportives, qui se développent en France depuis 2015 pour encourager l’économie circulaire dans le domaine du sport ;

  • Choisir de ne pas participer à certains événements à fort impact sur l’environnement, ou de les soutenir en tant que spectateur.ice. C’est par exemple le cas pour la prochaine Coupe du monde de football, pour laquelle des aller-retours en avion à la journée sont annoncés pour plusieurs milliers de spectateur·ice·s venu·e·s du monde entier, et que de nombreux·ses écologistes ont appelé à boycotter.


Et pour ce qui est de la pratique sportive, n’oubliez pas de :

  • Respecter les milieux naturels pour les sports concernés ; en randonnée, en trail, en escalade, ou dans les sports aquatiques, il est important de faire attention à perturber le moins possible le milieu dans lequel on se trouve afin de ne pas causer de déséquilibre. Ainsi, il ne faut évidemment pas laisser de déchets derrière soi, mais également rester sur les sentiers en montagnes pour ne pas abîmer la faune et la flore ou ne pas nourrir les animaux sauvages ;

  • Utiliser au maximum des transports bas carbones pour se déplacer, et donc limiter l’usage de l’avion ou de la voiture. Si les sportif·ve·s de haut niveau peuvent le faire, probablement que nous aussi ! Dans le meilleur des cas, utilisez le vélo pour prolonger votre activité sportive, c’est également un excellent moyen de transport qui a un bel avenir devant lui !

  • Limiter les emballages jetables (utiliser des gourdes plutôt que bouteilles d’eau en plastique, préférer les pique-niques faits maison…).


En plus de toutes les bonnes pratiques qui peuvent être mises en place, on voit également émerger des concepts tels que le slow sport, qui vise à repenser le sport en l’associant à la responsabilité sociale et environnementale. Il s’agit d’une philosophie de vie alliant esprit, nature, culture et corps.

Source : www.slow-sport.org


Que ce soit à l’échelle individuelle, au niveau des fédérations, des organisations sportives ou même des collectivités – dont les politiques publiques influent directement sur la mise en place d’infrastructures adaptées - il existe donc des solutions pour faire perdurer notre amour du sport, et s’ajuster aux exigences d’un monde en pleine ébullition. Face au réchauffement, nous n’avons d’autre choix que de prioriser la réduction de notre empreinte carbone, et de nous adapter aux exigences d’un impact climat raisonné. Sportif·ve·s professionnel·le·s ou amateur·ice·s, débutant·e·s ou chevronné·e·s, à chacun sa part de responsabilité pour faire de la redéfinition des pratiques sportives de demain un challenge collectif.

La balle est dans votre camp, à vous de transformer l’essai !



Pour aller plus loin


Depuis 16 ans, l'équipe ECO2 Initiative accompagne les collectivités, entreprises et associations pour les aider à réduire leur impact et/ou amorcer une transition plus ambitieuse. Pour plus d'informations, contactez-les : contact@eco2initiative.com